Bobby Sands : mourir pour des idées

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Le 5 mai 1981, Bobby Sands, membre de l’Irish Republican Army (IRA) emprisonné dans la prison du Maze près de Belfast, meurt après une grève de la faim qui a duré 66 jours. L’annonce de son décès provoque des scènes de violence en Irlande du Nord. Plus de 100000 personnes assistent à son enterrement. C’est à Steve McQueen, jeune cinéaste britannique, que l’on doit la mise en scène de cet épisode crucial de la lutte indépendantiste irlandaise. Hunger (Faim) a reçu la Caméra d’or, consacrée à un premier film en lice dans toutes les sélections lors du festival de Cannes 2008.

Une tragédie grecque

Hunger ne retrace pas les quelque quarante années de troubles en Irlande du Nord. À cet égard, le film est peu politique car la caméra n’essaye pas de donner un sens global au combat indépendantiste. À l’exception de rares séquences extra-muros, l’ensemble de l’action se déroule dans l’univers claustrophobique de la prison du Maze. Une telle approche est assez peu pédagogique, car elle n’explique pas aux spectateurs les plus jeunes ou les moins politisés, dans quelle mesure les événements de l’été 1981 ont pesé de manière fondamentale dans l’évolution du conflit.

À travers la figure-martyr de Bobby Sands, McQueen souhaite se concentrer sur deux aspects majeurs de la résistance nationaliste : d’une part, la nature totalitaire de l’ordre militaire imposé par l’État britannique sur l’île. D’autre part, en filmant minutieusement la lente déchéance physique et psychologique de Bobby Sands, McQueen propose une lecture quasi-métaphysique du jeûne : peut-on se laisser mourir de faim pour la défense d’une cause ? Peut-on volontairement mourir pour des idées ?

L’une des scènes les plus dures de ce film éprouvant montre un groupe de détenus républicains qui courent, nus, dans les couloirs de la prison. Ils tombent bientôt nez-à-nez avec un groupe de gardiens de prison en tenue anti-émeute. Ces derniers rouent les prisonniers de coups de matraque. Ce moment de sauvagerie sadique est pourtant le lot quotidien des prisonniers. Il illustre à l’envi la décision prise par l’État britannique de se débarrasser d’un problème politique par la violence.

Telle une tragédie grecque, le film se décompose en trois actes. Dans un premier temps, l’action évoque la campagne dite du dirty protest. La seconde séquence est un dialogue entre Bobby Sands et un prêtre catholique venu lui rendre visite. La scène dure 22 minutes ; 22 minutes d’un dialogue ininterrompu et tendu pendant lequel les deux hommes s’opposent sur la question de la grève de la faim : pour Sands, il s’agit d’un moyen au service d’une fin politique ; pour le prêtre, cette décision est hautement immorale. La troisième partie détaille les 66 jours de jeûne du cadre de l’IRA, son lent déclin physique. Les scènes de tabassage ont, selon McQueen, été tournées sans aucun trucage. Michael Fassbender, l’acteur irlando-allemand qui joue le rôle de Bobby Sands, a jeûné pendant 10 semaines avant de tourner la troisième partie du film.

Protestations et répression

La « protestation des couvertures » (the blanket protest) commence en septembre 1976 : un membre de l’IRA emprisonné refuse de revêtir l’uniforme des prisonniers de droit commun et demande, en tant que détenu politique, à conserver ses propres vêtements. Les autorités de la prison refusent d’accéder à sa demande arguant d’une nouvelle loi qui ne reconnaît plus aux membres de l’IRA le statut de prisonnier politique. Les combattants de l’IRA sont dorénavant considérés par l’Etat britannique comme des « criminels de droit commun ». Entièrement nus dans leurs cellules, été comme hiver, les prisonniers portent sur le dos une couverture crasseuse. Leur cellule ne comporte qu’un matelas et une bible.

À partir de 1978, la lutte pour la reconnaissance du statut politique prend une autre tournure, avec la « protestation sale » (the dirty protest). À la suite de nouvelles violences et brimades des gardiens, les prisonniers refusent de quitter leurs cellules et de se laver. Ils défèquent et urinent dans leurs cellules, prennent leurs excréments à pleine main et en recouvrent les murs de leur geôle. Leur urine ruisselle sous la porte de la cellule jusque dans les couloirs de la prison. Les déchets s’amoncellent et pourrissent dans un coin de la cellule. Les conditions de vie des prisonniers sont totalement inhumaines.

Le pouvoir thatchérien à Londres ne transige pas. En octobre 1980, les premières grèves de la faim ont lieu dans le bloc H de la prison, celui où sont détenus les membres de l’IRA. La Dame de fer ne recule toujours pas et le mouvement est interrompu avant d’avoir obtenu gain de cause. Entre alors en scène Bobby Sands, incarcéré depuis 1977 et condamné à 14 ans de détention. Sands veut relancer le mouvement de grève de la faim et, cette fois-ci, d’aller jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la mort. Il recueille les noms de 70 volontaires prêts à l’accompagner dans cet ultime combat. Bobby Sands est le premier à jeûner à partir du 1er mars 1981. Un nouveau gréviste doit rejoindre le mouvement toutes les deux semaines. Avant de mourir le 5 mai après 66 jours de grève de la faim, Sands est élu député de la circonscription de Fermanagh et de Tyrone sud le 9 avril, un poste qu’il n’occupera jamais. Lorsque le mouvement de grève est interrompu en août 1981, neuf autres personnes sont mortes de faim.

Pendant les sept mois que dure la grève de la faim, la province s’enflamme, les assassinats de part et d’autre se succèdent. Nombre d’entre eux touchent la population civile. Peu après la mort de Bobby Sands, 5000 étudiants manifestent à Milan et brûlent le drapeau britannique ; à Gand, des étudiants envahissent le consulat britannique ; à Paris, des milliers de personnes manifestent, à Nantes, St Etienne, Le Mans, Vierzon et St Denis, on inaugure des rues Bobby Sand ; à Oslo, des individus jettent un ballon rempli de sauce tomate en direction de la reine d’Angleterre. Partout dans le monde l’émotion est forte et le gouvernement Thatcher est montré du doigt.

En 1983, Londres accepte enfin les « cinq exigences » posées par l’IRA (dont celles d’être exempté du port de l’uniforme de prisonnier de droit commun ou de devoir travailler en prison). Le statut de prisonnier politique ne leur est cependant toujours pas octroyé. Jusqu’aux années 90, les membres de l’IRA seront présentés par les conservateurs et les médias britanniques comme un groupe de « délinquants » et de « criminels ».

Un tournant politique

Ces sept mois tragiques peuvent être vus comme un moment-clé du combat nationaliste. La lutte armée sera certes maintenue jusqu’aux accords de paix signés entre les parties belligérantes en 1998 (Good Friday Agreement). Toutefois, cette grève de la faim aura permis de politiser une population irlandaise jusqu’alors aveuglée par la violence sectarienne ou apathique. Bobby Sands et ses camarades auront affermi par leur action la conscience d’appartenance nationale au sein du camp républicain. Davantage, l’élection de Bobby Sands à la Chambre des Communes aura constitué bien plus qu’un acte symbolique. Une classe moyenne républicaine prend alors conscience qu’une Irlande réunie et indépendante est à la portée du bulletin de vote. À partir des années 80, la bourgeoisie catholique commence à voter en masse pour le Sinn Féin (l’organe partisan républicain, proche de l’IRA). Ce soutien ne s’est pas démenti à ce jour. On peut estimer que la solution politique négociée de 1998, qui permet aujourd’hui aux ennemis d’hier de cogérer ensemble la province, a paradoxalement pour origine les terribles événements de l’été de 1981.

Le film de Steve McQueen ne le montre pas et c’est regrettable : Bobby Sands n’était pas un personnage mystique et narcissique. C’était au contraire un militant intelligent et rationnel, un écrivain, un poète, un musicien. Dans ses écrits de prison qu’il nous a légués, il affirmait : « Je ne suis qu’un gars de la classe ouvrière, du ghetto nationaliste, mais c’est la répression qui crée l’esprit révolutionnaire de liberté. Je ne cesserai mon combat que lorsque j’aurai achevé la libération de mon pays, que lorsque l’Irlande sera devenue une république souveraine, indépendante et socialiste ».

Les dix membres de l’IRA qui ont mené la grève de la faim jusqu’au bout :

Bobby Sands, 27 ans, 66 jours de jeûne (1er mars-5 mai 1981)
Francis Hughes, 25 ans, 59 jours (15 mars-12 mai 1981)
Raymond McCreesh, 24 ans, 61 jours (22 mars-21 mai 1981)
Patsy O’Hara, 23 ans, 61 jours (22 mars-21 mai 1981)
Joe McDonnell, 29 ans, 61 jours (9 mai-8 juillet 1981)
Martin Hurson, 24 ans, 46 jours (28 mai-13 juillet 1981)
Kevin Lynch, 25 ans, 71 jours, (23 mai-1er aout 1981)
Kieran Doherty, 25 ans, 73 jours (22 mai-2 août 1981)
Thomas McElwee, 23 ans, 62 jours (8 juin-8 août 1981)
Michael Devine, 27 ans, 60 jours (22 juin-20 août 1981).

mercredi 08 février 2012 17:14


Photos de la révolution irlandaise et de Michael Collins

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La rue O'Connell (Sackville)

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La déclaration de la république irlandaise en 1916 et le G.P.O. après la reddition des insurgés

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Le premier Dáil Eireann en 1919

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Le service de renseignement britannique

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Le traité instituant l'Etat Libre et la partition (1921)

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L'armée de l'Etat Libre (1922)

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Michael Collins et la Comtesse Marckiewicz

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Michael Collins (au centre) et Eamon de Valera (à droite)

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La dernière photo du convoi le jour de la mort de Michael Collins (juin 1922)

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Les funérailles de Michael Collins

vendredi 10 février 2012 14:51


James Connolly et le soulèvement de Dublin de 1916 : Entre socialisme et nationalisme

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Pâques 1916. L’Irlande, sous le joug du capitalisme anglais depuis le 17ème siècle, se soulève contre l’oppresseur. Le 24 avril à Dublin, capitale de la colonie anglaise, James Connolly, membre de l’Internationale Socialiste et à la tête de la Irish Republican Brotherhood (“Fraternité républicaine irlandaise”), proclame la République.

Une semaine plus tard, le centre de Dublin est en ruines, écrasé par la puissante armée de l’impérialisme britannique. Les dirigeants du mouvement, dont Connolly, sont arrêtés. Dans les autres villes qui se sont soulevées, les républicains acceptent la réalité de la victoire britannique et se rendent.

12 jours plus tard, Connolly, blessé et ligoté à une chaise, sera exécuté par un peloton britannique. L’ordre régnait à Dublin.

Pour Lénine, cet événement, malgré la défaite que les masses irlandaises essuyèrent, fut la “pierre de touche” de la position révolutionnaire sur la question nationale. En ceci, il s’opposa vigoureusement à ceux qui, au sein du mouvement socialiste, critiquèrent le soulèvement comme un “putsch” :

“On ne peut parler de ‘putsch’, au sens scientifique du terme, que lorsque la tentative d’insurrection n’a rien révélé d’autre qu’un cercle de conspirateurs ou d’absurdes maniaques, et qu’elle n’a trouvé aucun écho dans les masses. Le mouvement national irlandais, qui a derrière lui des siècles d’existence (...) s’est traduit par des batailles de rue auxquelles prirent part une partie de la petite bourgeoisie des villes ainsi qu’une partie des ouvriers, après un long effort de propagande au sein des masses, après des manifestations, des interdictions de journaux, etc. Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réactionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant.”

L’héroïque insurrection de Pâques, peu connue en France, reste un événement important dans l’histoire du mouvement ouvrier. Connolly en particulier est une figure emblématique de la gauche irlandaise et du mouvement républicain. Aujourd’hui, il est encore plus important de tracer une voie ouvrière à l’unification de l’Irlande et à la fin de la domination impérialiste, les militants de l’Irish Republican Army (IRA — Armée républicaine irlandaise), qui se veulent les héritiers de Connolly et de 1916, ayant recommencé leur campagne d’attentats contre l’impérialisme britannique.

Connolly et la guerre

Comme la révolution bolchévique, le soulèvement de Pâques 1916 a été déclenché par une combinaison de deux facteurs : d’une part, les conditions sociales des masses, fortement opprimées et exploitées, d’autre part la guerre mondiale.

En Russie, le rôle de la guerre fut prédominant à cause du fait qu’elle renforça toutes les contradictions dans la société russe et qu’elle révéla l’incapacité du tsarisme de faire autre chose que mener le pays à la catastrophe.

C’est cette situation qui poussa les masses à la révolution de février et, ensuite, à la prise de pouvoir bolchévique.

En Irlande, les conséquences de la guerre furent toutes autres. En 1912, face au licenciement de plus de 2.000 catholiques provoqué par l’Ulster Volunteer Force (UVF — “Forces des volontaires d’Ulster”), organisation créée afin de mobiliser les masses des travailleurs protestants en défense de leurs privilèges et de l’union avec la Grande-Bretagne, les masses catholiques — largement majoritaires — s’armèrent et créèrent des milices — les Irish National Volunteers (INV — “Volontaires nationaux irlandais”) pour se défendre contre les bandes protestantes.

La situation devint de plus en plus tendue. Le gouvernement britannique, qui n’était pas convaincu de la nécessité stratégique du maintien de sa domination politique en Irlande, se lança dans une politique de “décolonisation” à la va-vite, et promulgua en 1914 un projet de loi sur le “Home Rule”.

La guerre mit fin aux espoirs d’indépendance. L’Irlande, avec sa position stratégique à la fois sur la rive orientale de l’Atlantique et sur les côtes anglaises, devait rester sous la tutelle de Londres, au moins pour la durée de la guerre. Les impérialistes soulignèrent clairement leur refus de céder la région industrialisée du Nord — qui comprenait notamment plusieurs chantiers navals — en avançant l’idée de la partition de l’île pour la fin de la guerre.

Montrant son intransigeance face à la pression indépendantiste dans le nouveau contexte de la guerre mondiale, le gouvernement britannique réussit son coup : les Irish National Volunteers scissionnèrent, le dirigeant bourgeois Redmond appuyant la guerre des britanniques et mettant des troupes — 200.000 hommes — dans la balance.

Dégoûtée par la trahison de Redmond, une fraction plus conséquente politiquement du mouvement indépendantiste bourgeois créa les Irish Volunteers qui, eux, n’étaient forts que de 12.000 hommes. Les bases du soulèvement de Pâques étaient jetées.

Si la guerre joua un rôle fondamental dans la préparation des révolutions russe et irlandaise, les réponses des révolutionnaires de ces deux pays furent très différentes.

Pour Lénine, la guerre constituait une confrontation entre pays impérialistes, fruit logique du système capitaliste mondial, et la tâche des révolutionnaires était donc de combattre la paix sociale et l’union sacrée et pour la continuation de la lutte des classes, même si celle-ci conduisait à la défaite.

Il s’agissait d’utiliser les conditions soulevées par la guerre afin de poursuivre l’objectif de la révolution socialiste : “Transformer la guerre impérialiste en guerre civile” disait Lénine.

Le principal marxiste irlandais fut James Connolly. Dirigeant syndicaliste, il avait joué un rôle fondamental dans la création du mouvement ouvrier irlandais. Membre de l’aile gauche de l’Internationale Socialiste, Connolly avait passé une partie importante de sa vie militante à l’étranger — notamment en Écosse et aux USA.

Si en 1908 et en 1912 Connolly et Lénine s’étaient rejoints au sein de l’Internationale pour appuyer des positions de gauche sur la question de la guerre, une fois le conflit commencé, leurs positions furent très différentes, à la fois dans leur méthode et dans leurs conclusions programmatiques.

Pour Connolly, la guerre était la faute de l’impérialisme britannique particulièrement rapace. Celui-ci voulait à tout prix maintenir son contrôle des mers face à un capitalisme en voie de développement — celui de l’Allemagne — cherchant ainsi à garder sa mainmise sur le développement capitaliste mondial.

Dans ces circonstances, disait Connolly, une défaite militaire de la Grande-Bretagne ouvrirait une période de paix mondiale et de développement capitaliste dans laquelle les forces encore embryonnaires du syndicalisme pourraient se développer, ouvrant ainsi la voie au socialisme.

Comme il l’a dit en 1915, “chaque socialiste attend avec impatience le plein développement du système capitaliste qui, seul, rend possible le socialisme, mais qui ne peut avoir lieu qu’en conséquence des efforts des capitalistes, inspirés par des raisons égoïstes.”

Cette position est totalement fausse. Elle mélange tout ce qu’il y a de passif et d'objectiviste dans les analyses les plus mécanistes de l’Internationale — l’inéluctabilité du socialisme et le rôle progressiste du capitalisme — avec des illusions très fortes dans la possibilité qu’une politique purement syndicale puisse conduire les masses à la victoire.

Malgré ces graves erreurs, la position de Connolly après que la guerre eut éclaté fut très différente de celle d’autres dirigeants syndicalistes — notamment en France — qui, bien qu’ils aient appuyé en 1912 l’appel utopiste de l’Internationale à une grève générale illimitée et internationale en cas de guerre, se sont rués dans les bras des impérialistes pour fêter l’union sacrée et le massacre à venir.

Connolly, lui, sut garder l’indépendance de classe face à la bourgeoisie impérialiste dans la guerre. La tragédie de 1916, c’est qu’il n’a pas su faire de même face à sa propre bourgeoisie lors de l’insurrection.

Du syndicalisme au nationalisme ?

Jusqu’en 1914, Connolly considérait que l’indépendance serait le résultat inévitable du développement de l’impérialisme britannique, et la construction du mouvement syndical serait l’arme principale des socialistes. Il était bien placé pour le savoir. Il avait joué un rôle fondamental dans la création du mouvement ouvrier irlandais qui, malgré le fait que l’Irlande soit partie intégrante de la Grande-Bretagne, avait des structures et des organisations complètement séparées de celles du pays impérialiste.

La première centrale syndicale irlandaise, l’Irish Trade Union Congress n’avait été créée qu’en 1894, presque 30 ans après son homologue britannique, et sans liens réels avec ce dernier. Le Parti travailliste, créé en Grande-Bretagne en 1900 par les syndicats, ne tenta jamais de s’implanter en Irlande (même aujourd’hui, il est complètement absent du Nord).

Néanmoins, la classe ouvrière existait bel et bien en Irlande. Dans le nord, fortement industrialisé, il y avait notamment une industrie métallurgique et des chantiers navals (le “Titanic” y fut construit...). Partout dans l’île, des usines produisaient du tissu, et les marins et les dockers jouaient un rôle fondamental dans le maintien des contacts commerciaux avec la Grande-Bretagne et l’Empire britannique.

C’est dans ce contexte que Connolly, après avoir dirigé sa propre petite organisation au début des années 1890, revient en Irlande en 1910 après avoir séjourné en Écosse et aux USA, ayant appris son marxisme dans le premier pays, son syndicalisme dans le deuxième.

En effet, pendant son séjour en Amérique, il avait participé à l’IWW (International Workers of the World — Travailleurs Internationaux du Monde), connu sous le surnom “les Wobblies”, organisation syndicaliste révolutionnaire. Au début, c’est ce genre d’organisation qu’il chercha à créer en Irlande à son retour, notamment par sa participation à la direction du syndicat “général », l’IGTWU. Son objectif était donc de fournir les bases ouvrières d’un futur mouvement nationaliste qui serait, obligatoirement, aussi socialiste (voir encadré).

Mais l’échec de la politique du “Home Rule” et l’éclatement du mouvement nationaliste après le début de la guerre l’obligea à repenser sa stratégie.

Il adopta l’idée que, face au militarisme, il fallait se servir de méthodes militaristes, en particulier de l’insurrection, tradition bien enracinée dans le mouvement indépendantiste irlandais et à ne pas confondre avec révolution ouvrière. Il s’orienta de plus en plus vers l’aile anti-guerre du mouvement républicain petit-bourgeois, en partie ceux des Irish National Volunteers qui avaient refusé d’appuyer la guerre, mais plus particulièrement vers l’Irish Republican Brotherhood (IRB).

Républicains armés

L’IRB, fondée en 1907, était une organisation clandestine et conspiratrice dont l’objectif était une insurrection en vue d’arracher l’indépendance et qui perpétuait les traditions d’utilisation de la « force physique” des indépendantistes du 19ème et du 18ème siècles. L’IRB n’avançait aucun programme social, n’allant pas plus loin qu’une proclamation en faveur de l’égalité de “tous les enfants de la nation” similaire à celle de la révolution américaine de 1776 ou de la révolution française de 1789.

L’organisation de Connolly, l’Irish Citizen Army (ICA — Armée citoyenne irlandaise) ne comptait pas plus de 200 militants. Créée comme une véritable milice pour défendre les grévistes contre les attaques des nervis des patrons lors du grand lock-out de 1913, une fois la grève retombée, son activité principale devint l’entraînement militaire des adhérents, comme noyau de la future armée populaire.

Néanmoins, au niveau organisationnel, l’ICA fut calquée sur n’importe quelle armée bourgeoise : accent mis sur le pouvoir des officiers et sur la discipline et la propreté, discussion politique minimale.

L’idée d’une fusion entre l’ICA et l’IRB était donc tout à fait logique. Connolly, le socialiste, était prêt à faire un front unique avec les nationalistes révolutionnaires de l’IRB afin de battre l’impérialisme britannique.

Son raisonnement était le suivant : il ne fallait pas perdre un seul jour dans la préparation de l’insurrection anti-britannique, pour empêcher une victoire britannique. Pour Connolly, les conditions de la guerre étaient de loin les meilleures possibles pour gagner l’indépendance. Pendant l’année 1915, Connolly multiplia des appels à l’insurrection. A tel point que son impatience a même fait peur à l’IRB : il semble qu’au début de 1916 il fut “enlevé” pendant quelques jours pour empêcher toute action intempestive de sa part et le convaincre d’attendre le soulèvement programmé pour le mois d’avril.

Connolly accepta et devint membre du Conseil militaire de l’IRB, dont la tâche était de planifier l’insurrection. Une “usine à bombes” fut créée dans le local du syndicat dirigé par Connolly et, sept jours avant le soulèvement, Connolly hissa le drapeau vert — symbole traditionnel des républicains irlandais — au dessus du bâtiment et expliqua aux militants de son Irish Citizen Army que les combats allaient bientôt commencer.

Pendant ce temps, l’élément spécifiquement socialiste de la politique de Connolly devint de plus en plus faible. Certes, il continuait à dénoncer le capitalisme et à conspuer les réformistes. Mais, sur le fond, il s’adapta à ses nouveaux alliés, les nationalistes révolutionnaires de l’IRB : il prit la défense de l’industrie irlandaise et avança une ligne peu matérialiste sur la religion. Il écrivit un article qui finissait par une prière en l’honneur de Saint Patrick (saint patron de l’Irlande), “l’apôtre irlandais” qui, selon Connolly, “typifia la conception spirituelle à laquelle la race irlandaise aspira en vain.”

De même, il fit une série d’adaptations aux impérialistes allemands qui, intéressés par tout ce qui pourrait affaiblir leurs adversaires, avaient décidé d’appuyer financièrement et militairement le soulèvement des Irlandais.

Ainsi son journal couvrit la trahison des dirigeants du SPD allemand, qui appuyaient la guerre impérialiste du Kaiser, prétendant qu’ils ne soutenaient qu’une “guerre défensive” et donna une image radieuse d’une Allemagne où tout le monde mangeait à sa faim, grâce à la prétendue destruction des grands propriétés terriennes par les socialistes. Les différences avec la politique de Lénine ne pouvaient être plus flagrantes.

Lénine, aussi, allait recevoir de l’aide des impérialistes allemands — les fameux “trains sous scellés”, bondés de révolutionnaires russes, qui traversèrent l’Allemagne après la révolution de février 1917 afin de ramener non seulement Lénine, comme voudraient trop souvent nous faire croire les anticommunistes, mais des représentants de tous les courants anti-tsaristes.

Comme en Irlande, l’objectif des Allemands était clair : ils voulaient affaiblir leur ennemi. Tout le monde le comprenait, y compris Lénine et Connolly. Mais Lénine, à la différence de Connolly, ne fit aucun compromis politique avec les impérialistes allemands, et n’arrêta jamais de chanter les louanges des socialistes qui furent emprisonnés pour leur opposition à la guerre, tels que Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht.

La supériorité de la position de Lénine découlait de sa méthode politique, et non d’une quelconque supériorité de l’homme. Lénine avait cherché à renouer avec les éléments fondamentaux de la méthode marxiste, notamment sur les questions de la guerre, de l’Etat, de la question nationale et de l’impérialisme. Connolly, par contre, s’est satisfait d’un mélange de syndicalisme révolutionnaire, d’insurrectionnisme à la Blanqui et d’une historiographie mythique de la nation irlandaise (voir encadré).

Lénine s’est concentré sur la création d’un parti de militants, porteur d’un programme d’action et ayant des racines profondes dans la classe ouvrière. Connolly, par contre, oscillant entre une vision purement syndicaliste et une politique insurrectionnelle, n’arriva pas à réunir plus que quelques centaines de militants autour de lui.

L’insurrection est lancée

La plan de l’insurrection fut soigneusement établie : les 16.000 militants des Volontaires Irlandais que les conspirateurs espéraient rallier seraient armés de 20.000 fusils qui seraient fournis par un navire allemand, l’Aud. Les bâtiments-clés de Dublin seraient pris par les rebelles et un gouvernement provisoire serait établi.

Connolly, avec le dirigeant nationaliste Padraig Pearse, l’un des principaux architectes du soulèvement, estima que le soulèvement devrait pouvoir tenir bon. En effet, il n’y avait que 6. 000 soldats britanniques et 9.500 policiers dans tout le pays.

Mais le plan échoua. D’abord l’Aud fut prise par la marine britannique et le capitaine la saborda, les fusils disparaissant au fond de la mer. Ensuite, une manoeuvre conspiratrice par l’IRB, impliquant un faux document dont l’objectif était de provoquer la participation des Volontaires, fut dénoncée, et la direction des Volontaires abandonna la mobilisation. En même temps, les autorités britanniques étaient mises au courant de tout et s’apprêtaient à arrêter les dirigeants.

Les conspirateurs n’avaient que peu de choix : soit ils allaient à l’aventure dans l’espoir de rallier les masses à leur drapeau, malgré le manque de préparation, soit ils attendaient l’arrivée des militaires... et des bourreaux.

Le soulèvement fut repoussé d’un seul jour. Le lundi de Pâques, Connolly prit le titre de commandant en chef des forces républicaines à Dublin et lança l’insurrection. La Poste centrale fut le quartier général du soulèvement, qui devint rapidement très populaire. Néanmoins, le mouvement resta dans l’optique d’une insurrection blanquiste, celle d’une minorité agissante au nom de la majorité. Ainsi il ne mobilisa pas plus de 1.300 militants, dont 150 de l’ICA de Connolly. Dans leur écrasante majorité, les masses ne furent ni mobilisées ni armées lors du soulèvement.

Un exemple militaire en dit long sur la politique de Connolly à cette époque. Au troisième jour du soulèvement, les troupes britanniques arrivèrent à la gare d’Amiens Street. Connolly et Pearse décidèrent d’envoyer dix militants de l’ICA, dirigés par un Volontaire, afin de construire et défendre une barricade contre l’avancée anglaise. Des badauds voulurent participer à la construction et se joindre aux insurgés, mais l’officier Volontaire envoyé sur place refusa ces propositions « parce que les ordres étaient sans appel : seuls des Volontaires Irlandais et des soldats de l’Armée étaient admis à participer aux opérations ».

En tant que dirigeant de l’IGTWU, Connolly avait joué un rôle important dans le mouvement syndical irlandais, y compris lors de la grève des marins de Dublin, lancée en automne 1915, qui avait duré jusqu’à la veille de l’insurrection de 1916. Mais il ne semble pas avoir considéré que les deux aspects de sa vie politique — préparation d’une insurrection d’une part, intervention dans le mouvement syndical de l’autre — devait aller de pair.

Ceci est encore plus étonnant étant donné qu’en 1915 et 1916, Connolly chercha consciemment à tirer les leçons des combats historiques des masses, notamment des événements de Moscou à la fin de 1905 et de Paris en 1830. Dans une série d’articles étudiant ces événements, il conclut que la leçon principale était qu’il fallait impliquer les masses populaires :

“Chaque difficulté qui existe pour le fonctionnement des troupes régulières en terrain montagneux est centuplée dans une ville. Et les difficultés vécues par une force populaire en montagne sont résolues lorsqu’elle descend dans la rue, à cause du soutien populaire.”

Mais il n’en fut pas ainsi à Dublin en avril 1916.

Ou plutôt si. C’est justement de “soutien populaire” qu’ont joui les insurgés, — mais seulement — ce qui n’était pas assez. Ce qu’il fallait, mais cela aurait exigé une toute autre politique, c’était la mobilisation de la population des principales grandes villes d’Irlande dans des conseils ouvriers, la création d’une véritable milice ouvrière et de masse, l’organisation de comités dans les principales usines, le tout lié à un programme de fraternisation avec les troupes anglaises.

Mais cette politique-là Connolly ne pouvait la concevoir.

Ce qui devait se passer se passa : après 10 jours d’âpres combats, qui coûtèrent la vie à 318 civils et détruisirent le centre de Dublin, les impérialistes déchirèrent le drapeau vert et le remplacèrent par le drapeau de l’Union, symbole de l’exploitation et de l’oppression.

3.500 militants furent emprisonnés, 92 furent condamnés à mort. La répression sévit à la campagne comme dans les villes. L’un après l’autre, les principaux dirigeants de l’insurrection furent exécutés, le dernier étant Connolly, le 12 mai. Le soulèvement avait été maté.

Le legs du soulèvement

Les britanniques souhaitaient que ce soit la fin de l’histoire. Il n’en fut rien. L’insurrection et son écrasement renforcèrent les sentiments nationalistes parmi les masses et coupèrent de plus en plus ces dernières des dirigeants pro-impérialistes. Les principaux gagnants furent Sinn Féin (“Nous seuls”), tendance nationaliste bourgeoise fondée à la fin du 19ème siècle qui s’était opposée à l’écrasement de l’insurrection de Pâques.

Après une victoire écrasante aux élections législatives de 1918, Sinn Féin créa un parlement indépendant, un gouvernement et une armée en janvier 1919. Craignant la contagion indépendantiste ailleurs dans leur empire, les impérialistes britanniques envoyèrent 40.000 soldats afin d’écraser la résistance. Une véritable guerre civile éclata et se poursuivit jusqu’en juillet 1921, quand les pourparlers commencèrent.

Mais Sinn Féin, nationaliste et bourgeois, trahit le mouvement indépendantiste en acceptant le traité de Partition de 1922, qui partageait l’île entre le nord-est industriel et protestant, demeurant sous contrôle britannique et le sud rural et catholique, qui devenait la République d’Irlande.

Le combat lancé par Connolly et 1916 s’acheva non pas par une victoire des travailleurs mais par un demi-échec à la fois pour les impérialistes et les indépendantistes, et par le renforcement des divisions politiques, économiques et religieuses entre le Nord et le Sud, divisions qui existent toujours et qui constituent la toile de fond des combats actuels.

Lénine comprit l’importance d’une politique juste face à la question nationale quand, analysant l’insurrection de 1916, il attaqua tous ceux qui repoussaient l’idée même que les questions nationales et sociales puissent s’entremêler dans la révolution ouvrière :

“Croire que la révolution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite-bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement de masses prolétariennes et semi-prolétariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, etc. — c’est répudier la révolution sociale. (...) Quiconque attend une révolution sociale ‘pure’ ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution.”

Le legs de Connolly est important, parce qu’il a refusé de plier le genou face à l’impérialisme et parce qu’il a cherché à trouver une réponse ouvrière à l’oppression du peuple irlandais. Et, comme l’avait souligné Lénine, l’exemple irlandais s’est fait sentir partout dans le monde. Loin d’être un exemple isolé, le soulèvement de 1916 n’a constitué que l’étincelle la plus brillante des rébellions des peuples opprimés contre l’impérialisme pendant la première guerre mondiale, toutes malheureusement peu connues, de l’Afrique au Vietnam, en passant par Singapour.

La tragédie de Connolly, c’est que, à la différence de Lénine, il ne comprit pas l’échec fondamental de la Deuxième Internationale et de ses deux piliers principaux, le syndicalisme et le programme confus et fortement objectiviste avancé par l’écrasante majorité des dirigeants.

Lénine avança le besoin d’une nouvelle Internationale, et, enfin, dans le mouvement révolutionnaire de 1917, d’un nouveau programme, afin de mener à bien l’insurrection ouvrière.

Connolly appuya une collaboration de classe blanquiste avec des éléments de la bourgeoisie révolutionnaire. Son manque de clarté sur les questions-clés du programme et du parti, son refus de mobiliser les masses et son incapacité à rompre avec les méthodes conspiratrices l’ont condamné à l’échec.

Néanmoins, son courage et son dévouement à la cause des exploités et des opprimés n’ont jamais flanché, et il faut saluer sa mémoire pour son espoir, exprimé au plus sombre moment de la guerre, qu’une insurrection en Irlande contre l’impérialisme britannique pourrait aller encore plus loin :

“En commençant ainsi, l’Irlande pourrait encore mettre feu à une conflagration européenne qui ne s’éteindra que lorsque le dernier trône et la dernière action capitaliste seront consommés sur le bûcher funéraire du dernier seigneur de la guerre.”

Connolly, Trotsky et la révolution permanente

Certains ont suggéré que Connolly avançait une idée similaire à celle de la révolution permanente de Trotsky, parce qu’il soutenait que tout combat pour l’autodétermination en Irlande serait, inévitablement, un combat contre le capitalisme et la propriété privée.

Il résuma son hypothèse par la phrase, bien connu de la gauche irlandaise : “La cause de l’Irlande est la cause du Travail ; la cause du Travail est la cause de l’Irlande.” En fait — et les événements de 1916 le confirment — les positions de Connolly et de Trotsky furent très éloignées l’une de l’autre.

Pour Trotsky, l’époque des révolutions bourgeoises était passée ; la bourgeoisie n’était plus capable de lutter de façon efficace pour “ses” propres revendications telles que l’autodétermination, contre le despotisme aristocratique etc.

Dans ces circonstances, pour réussir, les luttes pour les libertés démocratiques doivent être menées par les travailleurs et les masses populaires. Ces forces-là ne sauraient s’arrêter aux simples revendications démocratiques bourgeoises et iraient plus loin, vers la seule résolution possible à de tels problèmes à cette époque : la révolution ouvrière et la destruction du capitalisme.

Pour Connolly, par contre, le rapport entre lutte nationale et lutte ouvrière n’était nullement lié au changement d’époque et à la faiblesse de la bourgeoisie révolutionnaire, mais plutôt à la spécificité de l’histoire pré-coloniale de l’Irlande.

Connolly, fortement influencé par les historiens nationalistes irlandais, prétendait que, jusqu’à l’occupation de l’Irlande par les bourgeois anglais, l’île avait été l’arène d’une société démocratique basée sur une propriété communale — une espèce de « communisme primitif”. Retrouver la nation irlandaise impliquait aussi retrouver ses prétendues formes de propriété originelles:

“Il n’existe qu’une seule solution à l’esclavage de la classe ouvrière ; cette solution c’est la république socialiste, un système de société où la terre et toutes les maisons, les chemins de fer, les canaux, les ateliers et tout ce qui est nécessaire au travail sera possédé et contrôlé comme propriété commune, comme la terre de l’Irlande fut possédée par les clans de l’Irlande avant que l’Angleterre n’introduise le système capitaliste parmi nous, à la pointe de l’épée.”

Connolly avait deux fois tort. D’abord, comme Marx l’a expliqué, l’Irlande n'était nullement l’exception à la règle générale du développement économique européen. Loin d’être un système de “communisme primitif” (caractéristique des sociétés avant le moindre développement des classes), l’Irlande d’avant l’invasion anglaise constituait une forme particulière de féodalité.

Mais le problème fondamental dans sa position n’était pas d’ordre académique et historique, mais plutôt d’ordre politique, au niveau du programme qui découlait de son analyse.

La position de Connolly (partagée par Rosa Luxemburg) selon laquelle le marché capitaliste avait rencontré ses limites et ne pouvait plus s’étendre l’amenait à la conclusion qu’une Irlande indépendante ne pouvait se développer que sur les bases du socialisme. Ainsi, il sous-estimait la question fondamentale du rôle traître de la bourgeoisie coloniale dans le combat national, et eut une forte tendance à attendre la résolution spontanée de la question.

Son rôle lors de l’insurrection de 1916 montra que de toute évidence il comprenait le rôle d’une direction, mais de façon purement militaire. Croyant que l’Irlande indépendante serait obligatoirement socialiste, il ne comprit pas le danger de se lier totalement à la bourgeoisie nationaliste et ne fit rien pour organiser les travailleurs de façon indépendante.

Ainsi, malgré son courage et sa volonté, Connolly n’arriva pas à surmonter, dans les faits, le legs objectiviste, et au bout du compte passif, du centrisme de la Deuxième Internationale.

Sa méthode donc peut être rapprochée de celle de Trotsky, mais avec les trois précisions suivantes :

En aucun sens Connolly n’avait la compréhension dialectique et léniniste du Trotsky de 1917.

Pour autant que Connolly comprit le lien entre le combat pour l’indépendance et celui pour le socialisme, ce fut de façon purement spontanée et objectiviste, en un mot centriste, comme le Trotsky de 1905.

Pour autant que Connolly comprit le rôle d’une direction, ce fut de façon blanquiste, pour la seule tâche de l’insurrection, qui ne serait nullement l’action des masses organisées en conseils et dans un parti, mais comme minorité agissante, capable d’arracher le pouvoir pour et à la place des masses.

vendredi 10 février 2012 15:38


Eamon De Valera (1882-1975)

Blog de bobby-sands2b :Bobby Sands, Eamon De Valera (1882-1975)
Eamon de Valera est né à Manhattan, New York, le 14 octobre 1882. Son père était Juan de Valera, un espagnol qui avait étudié pour être un sculpteur, mais en raison de problèmes de santé, il était passé à l'enseignement de la musique. En septembre 1881, Juan de Valera avait épousé Kate Coll de Knockmore, près de Bruree, Co. Limerick, une jeune fille qui avait émigré en Amérique, deux ans plus tôt. Son père est mort quand de Valera a seulement deux ans et sa mère a décidé que son fils serait mieux à la maison en Irlande. Elle envoya à être élevés par sa grand-mère, Elizabeth Coll, qui vivaient dans des chalets de manoeuvre à Knockmore.

De Valera a assisté à l'école nationale de la Bruree et à partir de là est allé à l'école du frère Christian à Charleville. Il marchait les sept milles il et retour tous les jours depuis le Coll ne puisse pas s'offrir une bicyclette. A 16 ans, il obtient une bourse à Blackrock College, Co. Dublin. Il est devenu professeur de mathématiques et a enseigné à temps partiel à Maynooth et divers collèges de Dublin. À l'école et plus tard, il était un joueur de rugby à vif.
 
En 1908, il rejoint la Ligue gaélique, au début de son dévouement continu à l'irlandais. Un de ses professeurs était Sinead Flanagan, elle-même enseignante et quatre ans son aîné. Ils tombent amoureux et se sont mariés en janvier 1910. De Valera rejoint les volontaires irlandais lors de leur première réunion en 1913. Il participe au débarquement de canons de l'Asgard en juillet 1914. Pendant l'insurrection de 1916, il commanda la garnison de moulins de la Boland. Après la capitulation, il a été condamné à mort, mais plus tard il a été décidé de le condamner à l'emprisonnement à vie au lieu de cela. En prison, de Valera a commencé à montrer ses qualités de leadership. De Valera fut libéré de prison en juin 1917 et fut élu député de Sinn Fein de East Clare. Au Sinn Fein Ard-Fheis en octobre 1917, de Valera a été élu président du parti et à la fin du même mois, il est élu président des volontaires irlandais. Lorsque le gouvernement britannique a proposé d'étendre la conscription en Irlande au début de 1918, de Valera a conduit l'opposition réussie à cette proposition. Le 17 mai 1918, De Valera a été arrêté et expulsé de l'internement en Angleterre, où il devait rester jusqu'à février 1919.
 
Alors qu'il était en prison, il fut élu pour East Clare lors des élections générales. Le 21 janvier 1919, les députés réunises se sont réunis à la Mansion House, Dublin et créé officiellement le gouvernement de la République d'Irlande. Après son évasion de prison de Lincoln, le 3 février 1919, de Valera retourne brièvement en Irlande et a été élu président de le Dail.

Au début de juin 1919, il se rend aux États-Unis pour solliciter un soutien financier et politique de l'Irlande indépendante. Il retourna en Irlande en décembre 1920 à prendre sa place comme le président de l'Irlande. Dès le début le Dail devait faire face à un certain nombre de problèmes graves, le manque d'expérience du nouveau gouvernement. La guerre d'indépendance des États-Unis fait rage en ce moment avec les forces britanniques régulières, assistés par les « Black and Tans ». Les « Black and Tans » étaient des hommes ex-armée mis en Irlande afin d'aider les britanniques dans la guerre d'indépendance. Une trêve a été déclarée le 11 juillet et les négociations ont été entamées avec les anglais premier ministre Lloyd George et son gouvernement menant à la signature du traité anglo-irlandais, le 6 décembre 1921. Le traité a été accepté dans le Dail le 7 janvier 1922 à 64 en faveur et 57 contre. Comme un adversaire du traité, de Valera a présenté sa démission au Dáil. Arthur Griffith a été élu président à la place de Valera.
 
 
Pendant la guerre civile de 1922-1923 entre le gouvernement provisoire silencieuse pour le traité en vertu de Michael Collins et ses opposants, de Valera a soutenu les républicains anti-traité. Un « gouvernement d'urgence » a été formé par les républicains de Valera en tant que président. En mai 1923, les républicains appelés à un cessez-le-feu et la résistance a pris fin. De Valera a été arrêté le 15 août 1923, en vertu de la Loi sur la sécurité publique, car il était sur le point de prononcer un discours à Ennis et fut emprisonné jusqu'en juillet 1924. Malgré cela, Clare a élu Haut de Valera du scrutin de l'élection générale le 27 août 1923. De Valera a continué de représenter Clare pour le reste de sa carrière politique active.

Dans le cadre du traité anglo-irlandais qui mit fin à la guerre d'indépendance, tous les membres de l'Oireachtas étaient tenus de prêter serment d'allégeance (jurer fidélité) pour le roi de la Grande-Bretagne. Vers la fin de 1925, de Valera et l'I.R.A. a conclu qu'ils étaient opposés sur cette question et Sinn Fein est divisé en deux. De Valera avait fait des remarques qui a suggéré que, si le serment était enlevé, il siégerait dans Dail Eireann. En mars 1926, il a démissionné comme président du Sinn Fein sur cette question et a décidé de lancer un nouveau parti.
 
  
En mai 1926, lors d'une réunion à Dublin, de Valera fonde un nouveau parti politique appelé Fianna Fail. Les objectifs du parti étaient :
Une Irlande unie comme une République.
Pour restaurer la langue irlandaise et développer la culture irlandaise.
Pour développer un système social où il y a une égalité des chances pour tous.
D'avoir un système équitable de la répartition des terres en Irlande.
Faire Irlande aussi autonome que possible, avec un juste équilibre entre l'agriculture et d'autres industries.
En novembre 1926, Fianna Fail a tenu son premier Ard-Fheis et de Valera fut élu président de la nouvelle organisation. Les élections générales de juin 1927, son parti remporte 44 sièges et Cumann na nGaedhael a remporté 47 sièges qui a été une baisse importante pour eux.
Quand de Valera et ses collègues députés Fianna Fail est arrivées à Leinster House, on avait refusé la permission de prendre leurs sièges à moins qu'ils ont d'abord pris le serment. Ils se retire ensuite et Cumann na nGaedhael forme le gouvernement.
 
Toutefois, le Fianna Fail, a continué à faire campagne pour la suppression du serment. Afin de répandre leurs idées, le parti Fianna Fail a fondé un journal quotidien, la presse irlandaise, en septembre 1931.
Fianna Fail, soutenu par le parti travailliste, a formé un gouvernement en 1932, ayant auparavant surmonter leurs objections le serment en signant tout simplement un livre contenant le serment, ils ont déclaré une formule « vide ». Au bureau, le parti a finalement retiré le serment par la législation en 1933.
Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne et a commencé la deuxième guerre mondiale. Le 2 septembre à Dail Eireann, de Valera a déclaré que les 26 comtés resterait neutres. Cette politique a été généralement acceptée. Encore beaucoup de gens, tout en détestant le régime Nazi en Allemagne, méfiait de la Grande-Bretagne et de ressentiment de la partition de l'Irlande.
 
Les années de guerre devint connues comme « L'urgence » en Irlande. Chaque personne a reçu un livre de ration spécial en raison de la pénurie des articles tous les jours. Les années d'après-guerre a introduit des problèmes économiques continues avec la hausse des prix, émigration et de plus en plus de chômage. Cela ne faisait pas de Valera et de son gouvernement très populaire.
Lorsqu'une élection générale soudaine a été appelée par de Valera en 1948, Fianna Fail acquise seulement 68 sièges sur 147 et les anti-Fianna Fail parties se sont réunis pour former un gouvernement de coalition.
En juin 1959, il est élu président de l'Irlande. Il a reçu de nombreux visiteurs y compris les présidents de Gaulle et John Kennedy. Il a été réélu Président en 1966 à l'âge de 83 ans. Il a reçu des diplômes honorifiques des universités en Irlande et à l'étranger. Après 14 ans en tant que Président (le plus long délai), il se retire de ses fonctions en juin 1973.
Eamon de Valera est mort le 29 août 1975 à l'âge de quatre-vingt-douze ans. Il est enterré au cimetière de Glasnevin après les funérailles d'État.
 
As a T.D. for Clare for a period of some forty years, de Valera was a familiar figure in the County. His Election Campaigns were highlights in the political life of the area over this time while his regular attendance at local events, such as the County Show, kept him in the public eye. Depending on one’s political leanings, de Valera either generated immense support or active hostility from the Clare Electorate.

DE VALERA’S CAR
This car is a 1947 Plymouth Dodge, registration number ZH 1333. Originally maroon in colour, the car was manufactured by the Chrysler Corporation in Detroit, U.S.A. It is 226 inches long, 75 inches wide and 66 inches high. Weighing approximately 2 tons, the car can seat 8 people plus the driver. It was purchased new for Sean T. Ó Ceallaigh during his term of office as President of Ireland. Sean T. Ó Ceallaigh personally drove the car for 12 years, until his presidential term ended in 1959. In 1959 Eamon de Valera purchased the car for his own personal use, and had it painted black. Although he continued to use the official Rolls Royce on formal state occasions, President de Valera often drove the Dodge to political functions around the country and regularly drove the car around County Clare. In 1988 the Dodge was presented to Clare County Council by Dr. Eamon de Valera and Ann de Valera on the wishes of their late sister, Margaret. This specially-built display garage was sponsored by Syntex Ireland Ltd. (now Roche Ireland Ltd.), and officially unveiled by President Mary Robinson in 1992. In 2011, Councillor P.J. Ryan, Clare County Council, generously gave of his time and expertise to restore the Dodge, which was very much a part of Clare’s social and political history. Original Whitewall tyres and a six-volt battery were sourced from America, and repairs were made to brakes, exhaust, steering and bodywork. David Browne, of John Browne’s Auto Bodyshop in Cratloe, generously assisted with restoring the bodywork.

DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AU PRÉSIDENT D'IRLANDE,
S.E. EAMON DE VALERA*

Mardi 2 juillet 1963

Monsieur le Président,

En vous saluant et vous accueillant aujourd’hui avec affection, Nous évoquons comme l’un des souvenirs les plus heureux la visite que Nous fîmes à la chère Irlande et Notre rencontre, là-bas, avec Votre Excellence. La vision de l’île des saints et des savants est restée bien vivante dans Notre cœur, illuminée surtout par la fidélité inébranlable de son peuple à ce siège apostolique, malgré les emprisonnements, le fer et le feu.

Les tempêtes suscitées par telle ou telle difficulté ne servirent qu’à attiser la flamme de la foi allumée par saint Patrice, donnant ainsi une nouvelle vigueur à la très fervente vie religieuse et spirituelle de ce pays, ainsi qu’à son zèle ardent pour la conversion des âmes et l’expansion du règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans toutes les parties du monde.

Si vivante est la foi des Irlandais que, non seulement ils pourvoient leur chère île de vocations suffisantes, mais encore ils donnent les plus éminentes et les meilleures d’entre elles, qui quittent leur famille et leur patrie pour s’en aller travailler comme prêtres, religieux et sœurs dans les secteurs les plus difficiles de l’apostolat. Innombrables sont les missionnaires qui ont quitté vos rivages pour apporter la lumière et la chaleur de l’Evangile à ceux qui se trouvaient dans les ténèbres et à l’ombre de la mort ; innombrable est la moisson d’âmes qu’ils ont récoltée dans les champs blanchissants des missions.

Notre connaissance de votre merveilleuse histoire et Notre expérience personnelle du cœur ardent, amical et généreux des Irlandais, s’unissent pour renforcer Notre paternelle affection et Notre spéciale bienveillance envers l’île d’Emeraude et son peuple. Par votre intermédiaire, monsieur le Président, Nous envoyons aux Irlandais une très affectueuse Bénédiction et Nous demandons à Dieu et à Marie de les aimer et de protéger la nation irlandaise, en la rendant toujours plus prospère. A Votre Excellence et à votre famille, au gouvernement et aux citoyens de l’Irlande, Nous donnons de tout cœur Notre particulière et affectueuse Bénédiction apostolique.

vendredi 10 février 2012 19:05



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